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vendredi 25 avril 2008

Doublement de l'aide alimentaire française: un geste significatif?


La crise alimentaire mondiale alimentée par la hausse des prix s'amplifie chaque jour. Les pays donateurs d’aide au développement et les organisations internationales ont annoncé en chaîne leur émotion et leur intention de s’attaquer au problème. En France, Nicolas Sarkozy annonça le 18 avril que le pays doublerait « dès cette année son enveloppe d'aide alimentaire en la portant à 60 millions d'euros pour 2008 ». Il précisa que nous ne pouvions pas « rester indifférents à la révolte de ceux qui, dans les pays du Sud, ne peuvent plus manger à leur faim ». La crise est avérée, les causes débattues, les besoins réels, il semble donc difficile de s’attaquer à ces bonnes intentions. Cependant, immédiatement après l’annonce du président Sarkozy, Sébastien Fourmy, porte-parole de l’organisation non-gouvernementale Oxfam en France, déclara ce discours « hypocrite » et dénonça le « double-jeu » de la France. Le PS, de son côté, se dépêcha d’en faire autant. Ce court billet n’a ni la prétention d’analyser les causes de la crise ni de faire une analyse complète de l’aide au développement en général ou en France (de prochains posts s’en chargeront éventuellement) mais simplement de passer, dans la plus pure tradition Ecopublix, ces déclarations à la moulinette des données.

I/ L’aide française au développement : quantités

Les attaques d’Oxfam reposent sur les récentes données publiées par la Direction de la Coopération pour le Développement de l’OCDE (que nous appellerons ici DAC, par anglophilie et convention). La DAC publia au début du mois d’avril les chiffres de l’aide au développement pour l’année 2007. Il y apparaît que la France a réduit le montant total de son aide au développement, qui est passée de 0,47% de son revenu national brut à 0,39%. Cela représente une chute de 1,68 milliard de dollars (en dollars constants), ou encore une chute de 15,9%, ce qui n’est pas rien. Le PS, par la voix de son secrétaire national à l’égalité Faouzi LAMDAOUI, déclara que « cette augmentation de l'aide alimentaire [était] annoncée pour masquer la chute libre de l'aide publique au développement sous la droite ».

Mettons ces chiffres en perspective. Commençons par préciser le montant exact de l’aide française au développement. Peu de gens ont en effet une idée, même vague, de la quantité déboursée chaque année par la France. En 2006, cette aide s’élevait à 8,92 milliards de dollars. Le graphique suivant montre comment elle a évolué au cours des 48 dernières années, en dollars constants et en pourcentage du revenu national brut (1).


Qu’en apprend-on? De 1981 à 1993, donc sous une présidence de gauche, l’aide a beaucoup augmenté en volume, mais l’effort national en termes de revenu est resté constant autour de 0,6%, après une significative augmentation de 1981 à 1984. Jacques Chirac est élu en 1995 et l’aide chute fortement. Le gouvernement Jospin ne freine pas cette tendance. Il faut attendre 2002, et la réélection de Jacques Chirac pour voir l’aide augmenter de nouveau, mais sans jamais retrouver les niveaux précédents atteints au début des années 90. 2007 est la première année depuis 2002 où l’aide diminue.

En second lieu, on peut s’étonner des variations observées depuis le pic de 1993. Que s’est-il passé au cours de cette période ? Il faut savoir que l’aide française suit assez fidèlement les évolutions mondiales, et donc que le cas de la France est assez représentatif du reste du monde. L’aide mondiale a en effet chuté dans les années 90, peut-être à cause de la fin de la guerre froide, mais aussi peut-être d’une certaine lassitude à l’époque face aux maigres résultats de l’aide. A la fin des années 1990, le moteur de la générosité se remet en marche. Les pays développés décident en effet de faire un effort significatif, signent des traités, s’accordent sur les objectifs du millénaire, Bono fait la tournée des dirigeants des pays développés, l’économiste Jeffrey Sachs promet la fin de la pauvreté dans le monde et Angelina Jolie est envoyée en Afrique. Une part importante de la dette des pays pauvres est alors effacée. Or cela gonfle les chiffres de l’aide au développement car il s’agit bien de ressources supplémentaires pour le pays pauvre, même si une annulation de dette ne s’accompagne pas d’un transfert direct d’argent. Par ailleurs cette augmentation soudaine ne peut se reproduire car on n’annule qu’une fois une dette. Le pays développé apparaît donc très généreux au moment de l’annulation mais avare ensuite. Ainsi, la DAC ne s’est pas étonnée que l’aide totale de ses pays membres ait chuté en 2007 de 8,4% « avec la fin des opérations exceptionnelles d’allégement de la dette de ces dernières années ». Qu’en est-il de la France ? Répétons le graphique précédent en n’incluant plus les remises de dettes dans les chiffres de l’aide au développement :


Les deux graphiques sont assez similaires : pic au début des années 90 avant une chute marquée puis un nouvel accroissement. Cette augmentation est cependant moins marquée quand on considère l’aide nette des allègements de dettes. L’aide incluant les annulations de dette a augmentée de 40% entre 2000 (point le plus bas) et 2006 (le plus haut). Mais sans ces annulations, elle n’a augmenté « que » de 32%. De plus, observez bien le dernier point de la courbe. Alors que l’aide incluant les remises de dettes a diminué en 2007, l’aide nette de ces annulation a augmenté au cours de cette année, passant de 0,31% en 2006 à 0,39% du revenu national brut en 2007. Ces chiffres n’ont rien de secret, ils sont bien précisés dans le communiqué de la DAC. Là encore il ne s’agit pas de dire que la France fait preuve d’une générosité sans faille (beaucoup de pays, malgré la fin des annulations de dettes, ont augmenté leur aide au développement), mais de présenter de manière plus honnête les données. Finalement, l’effet « deuxième présidence Chirac » est absent avec cette nouvelle mesure. Il n’est peut-être pas inutile pour savourer pleinement ce résultat de rappeler combien Jacques Chirac s’est souvent placé en champion de l’aide au développement.

Dernier point, comparons la France et les autres pays de la DAC. La France se définit comme le plus généreux donateur des grands pays industrialisés, ce qui est certes vrai si cela doit être pris dans le sens « pays du G8 ». Cependant le graphique suivant montre, pour l’année 2007, qu’elle est aussi en dessous de la moyenne des pays de la DAC et bien loin des pays nordiques.


II/ L’aide alimentaire et la France

L’aide alimentaire se décompose en plusieurs parties. Les pays développés fournissent une aide d’urgence dans le cadre de l’aide humanitaire. L’aide alimentaire ne répond cependant pas uniquement à des besoins urgents et inattendus, il existe donc aussi une aide alimentaire plannifiée. Ne prendre en compte que ces deux composantes sous-estimerait cependant les montant alloués. Une grande partie de l’aide alimentaire est fournie par le Programme Alimentaire mondial ( PAM), qui est une agence de l’ONU. D’autres organisations multilatérales et l’Europe y participent aussi et la France contribue financièrement à ces organisations. Les données de la DAC sont très incomplètes sur ces contributions. En revanche, le site du PAM indique les contributions respectives des gouvernements au financement de cette agence. On pourrait additionner les données bilatérales de la DAC avec les dons au PAM pour obtenir les flux totaux d’aide alimentaire. J’y suis réticent car un don au PAM ne se traduit pas directement par de l’aide alimentaire, mais aussi par des coûts divers et variés, entre autres administratifs. Je retiens donc les deux dimensions mais je en maintenant la distinction.

1/ L’aide alimentaire bilatérale (hors PAM)

Sous cette dénomination, j’inclus l’aide alimentaire payée directement par la France, que cette aide soit humanitaire ou non. Elle exclut donc le financement au PAM. Sur la période 1990-2006, l’aide alimentaire a représenté en moyenne 1% de l’aide bilatérale française. On ne peut donc pas dire qu’elle soit un élément majeur de la politique d’aide au développement ! Cette moyenne masque de larges variations. Ainsi, si en 2000-2001 l’aide alimentaire représentait un peu plus 2% du total bilatéral, elle n’a cessé de baisser depuis, aussi bien en pourcentage du revenu alloué (sauf en 2007) qu’en quantités. Elle est passée de 93 millions de dollars en 2001 à 37 millions en 2007. L’annonce de notre président prend donc une toute autre perspective. Il a promis de doubler l’aide alimentaire, en la portant à 60 millions de dollars. Voilà un geste généreux ! Deux fois plus ce n’est pas rien… En fait, il ne propose « que » de revenir au montant de 2002.

Mais comment la France se compare-t-elle aux autres pays donateurs d’aide alimentaire ? Si on considère tous les pays membres de la DAC sur la période 1990-2007, l’aide alimentaire représente en moyenne 2,8% de leur aide bilatérale. Le graphique suivante indique les contribution de chacun des 22 pays.

La France fait plutôt figure de mauvais élève, même si d’autres accordent encore moins d’importance à l’aide alimentaire, notamment la Suède et le Danemark, pourtant généralement champions toutes catégories en termes d’aide au développement. Notez aussi que les Etats-Unis sont largement en-dessus des autres pays. Notons enfin que même si la France double son aide alimentaire en 2008, elle restera toujours en dessous de sa propre moyenne sur la période 1990-2007.


2/ Aide au Programme Alimentaire Mondial

Le site du PAM nous apprend que la France a donné 33,7 millions de dollars en 2006 à cette organisation. C’est le 16e plus gros montant, très très loin derrière les Etats-Unis qui se situent à plus d’un milliard de dollars. La comparaison est cependant injuste. Il est plus raisonnable de comparer la France à l’Allemangne ou au Royaume-Uni qui allouent des montants d’aide similaires à la France. Ces deux pays donnent deux fois plus que la France. La Suède (environ 1/4 de l’aide française) donne aussi deux fois plus que la France, et le Danemark (environ 1/6) donne 30% de plus. Mais 2007 est peut-être une mauvaise année. Examinons 2006 : le Royaume-Uni a donné 4 fois plus, l’Allemagne 2,3 fois plus, la Suède aussi, le Danemark 1,7 fois plus. On comprend donc pourquoi ces deux pays nordiques donnent peu d’aide alimentaire : ils concentrent leurs efforts sur le PAM . La France fait donc piètre figure dans ce classement. Il n’y a là rien d’étonnant, les contributions de la France aux agences de l’ONU étant très en-dessous de la moyenne des pays développés. Ce sentiment est confirmé par la porte-parole du PAM dans cet article de Libération. Notre pays est donc clairement loin derrière les autres donateurs pour l’aide alimentaire, qu’il s’agisse de l’aide bilatérale ou du PAM.

III/ Conclusion

Concernant l’aide au développement, nous avons vu que l’aide française en 2007 a certes chuté mais pas si l’on exclut les annulations de dette. Je serais donc un peu plus prudent quant aux conclusions à tirer des chiffres de l’année 2007 que ne le sont les membres d’Oxfam France dans cet article.

Cependant, Oxfam a raison de reprocher à la France de ne pas respecter du tout son engagement de porter le montant de son aide au développement à 0,7% du revenu national brut (nous avons vu qu’elle s’en est même éloignée depuis les années 1980). Notre pays avait promis d’atteindre ce montant d’ici 2012, avant de repousser récemment cet objectif à 2015. Il avait aussi indiqué qu’il allouerait 0,5% de son revenu à l’aide en 2007. La politique française contraste donc fortement avec son discours et ses promesses. Elle n’est d’ailleurs pas la seule. D’après la DAC, il y a très peu de chances qu’aucun des pays qui ne satisfont pas aujourd’hui le critère de 0,7% ne l’atteigne d’ici la date promise de 2015.

Enfin, de manière plus générale, on assiste à une obsession du chiffre magique de 0,7% sans vraiment se poser la question de sa validité. Les annonces tonitruantes n’arrangent rien, donnant l’impression qu’il « suffit » d’allouer des fonds pour résoudre le problème de la pauvreté. Les preuves permettant d’étayer cette hypothèse sont pourtant bien maigres. Un débat plus riche s’interrogerait sur l’importance de l’aide dans le processus de développement et sur les pratiques qui réduisent la pauvreté. La quantité est très loin d’être le seul critère utile et la manière dont l’aide est utilisée, ainsi que l’évaluation de ses résultats, devrait être davantage mises en avant.

Note :

(1) Nous utilisons la définition de l’aide de la DAC, c’est-à-dire les dons et les prêts, à la condition qu’ils soient composés d’au moins 25% de dons, faits par des acteurs officiels (les prêts des organisations privées sont donc exclus) et qui visent à promouvoir le développement (les aides militaires sont donc exclues). Les contributions aux organisations multilatérales sont inclues. Le graphique présente donc le total de l’aide française officielle.

8 commentaires:

Anna a dit…

J'avais certes été plus expéditive dans mon article sur la question, il y a une semaine :
http://egalite.over-blog.org/article-18930304.html

"Deux fois zéro ça fait toujours zéro"...

karg se a dit…

L'aide massive en Afrique était une catastrophe, entre les détournements et les projets insensés. Le tarissement de cette source à permis de lancer des projets plus réaliste et plus efficace. Depuis le début des années 2000 la croissance africaine est forte, c'est signe que cette aide était pas forcément utile.

Alexandre a dit…

Une petite analyse qui date de 2005 mais qui me semble est très pertinente également :

http://www.leconomiepolitique.fr/quel-avenir-pour-l-aide-au-developpement_fr_art_254_25874.html

de plus il est important de noter que les Institutions internationales ont conditionné leur aide au développement du respect des principes de bonne gouvernance durant les années 1990, modèle économico-politique qui n'a pas atteint les effets escomptés.

Anonyme a dit…

J'ai souvenir d'avoir lu (mais où ?) que les statistiques étaient par ailleurs faussées par le fait que la France pouvait inscrire comme "aide au développement" des dépenses effectuées dans ses collectivités d'outre-mer (genre Mayotte ou Nouvelle-Calédonie), tout à fait non négligeables dans la masse totale -cet outre-mer étant considéré comme un "étranger" au plan économique.

Avez-vous des informations plus précises sur la méthodologie qui permet de distinguer ce qui est une "aide au développement", au delà de la remarque sur la non-prise en compte de dépenses militaires ? Le salaire mirobolant de mes amis qui font du bateau et enseignent accessoirement en Nouvelle-Calédonie y est-il inclus ?

J-E a dit…

Dans la mesure où ce sont les gouvernements eux-mêmes qui produisent les chiffres et que la définition de ce qui peut ou non entrer dans la catégorie "aide au développement" est assez flottante, je me demande s'ils n'ont pas une forte tendance à se débrouiller pour avoir des chiffres pas trop honteux, quelle que soit leur contribution réelle.

Je me demande d'ailleurs quelle part du total de l'APD va dans des études économétriques qui confirment que quand on distribue des médicaments aux gens ça les guérit, et que quand on leur donne des professeurs ça les éduque.


En même temps l'aide aveugle c'est certainement pas terrible non plus, je pense par exemple aux envois de nourriture dans des pays où les famines sont organisées par le pouvoir politique...

@Karg : il faut à mon avis distinguer les périodes avant et après guerre froide. Avant l'APD ça consistait à donner des sous à un potentat local pour qu'il ne laisse pas les soviétiques implanter une base aérienne chez lui en gros (je caricature mais quand même), donc ce n'est pas très étonnant que les résultats aient été plutôt moyens. Du coup aujourd'hui on s'en sert comme argument pour dire que l'APD est inutile et qu'il ne faut faire que des petits projets plus réalistes. C'est parfois vrai et c'est parfois idiot. Prenez par exemple le problème de l'eau ; contrairement aux idées reçues des Européens qui s'imaginent qu'en prenant des douches plutôt que des bains ils laisseront plus d'eau aux Africains (comme si nous partagions tous un grand ballon d'eau chaude mondial), l'Afrique est un continent qui regorge d'eau. Sauf que généralement il n'y a pas les installations pour exploiter les sources, ni ensuite l'infrastructure pour amener l'eau aux habitants. Et je ne suis pas sûr que ce soit avec quelques petits programmes ciblés et du microcrédit qu'on puisse faire les investissements nécessaires.

Y aurait bien une solution qui consisterait à permettre aux Africains d'exporter librement leurs biens chez nous, ce qui je crois leur ferait gagner autant que l'APD voire plus, mais bon faut pas exagérer non plus...

Boulash a dit…

Bien dit J-E, surtout sur la fin.
Mais les Africains pauvres ne votent pas en France, les paysans francais si.

Kanelbullix a dit…

@karg : Vous avez raison de dire que la croissance en Afrique Sub-Saharienne est positive depuis peu, après des années de récession et de stagnation. Il est encore trop tôt pour savoir si cette croissance sera assez soutenue pour permettre à plusieurs pays de sortir de la pauvreté extrême mais la tendance est nouvelle et encourageante. Cependant vous avez tort de penser que l’aide à l’Afrique s’est tarie. L’Afrique est au contraire la région de monde où elle a le plus augmenté. L’aide à l’Afrique Sub-Saharienne a à peu près augmenté de manière continue jusqu’au début des années 1990, avec un pic en 1992 et une chute brutale après 1995. Cependant la tendance s’inverse en 2000 si bien qu’en 2004 la chute a été complètement effacée. Ceci est vrai même si l’on enlève les allègements de dette. En 2007 l’aide, nette des effacements de dettes, a encore augmenté de 10%. Elle est donc maintenant bien au-dessus de tous les niveaux observés dans le passé pour cette région.
Vous faites allusion au peu d’impact de l’aide sur la croissance. Il est en effet juste de dire que l’aide n’a pas d’effet sur la croissance. De très nombreux articles ont été écrits sur le sujet mais au final il semble bien que l’aide n’aide en rien à la croissance.

@Alexandre : les organisations multilatérales ont en effet mis en place un système de critères pour conditionner le versement de l’aide. Certains, comme William Easterly, ont montré que contrairement à ce qu’elles disent, ces organisations elles-mêmes ne respectent pas ces critères. On peut expliquer ce comportement par (au moins) deux idées. La première est que ces institutions rechignent à de désengager d’un pays au prétexte que des conditions ne sont pas respectées. Leur but est de montrer qu’elles utilisent l’argent qu’on leur donne afin de recevoir d’autres fonds dans le futur ; abandonner un projet revient à avouer un échec et à laisser de l’argent sur la table, ce qui est contre-productif. La deuxième raison vient de la difficulté à être crédible avec soi-même dans l’utilisation de ces conditions. Si un pays est plongé dans la pauvreté du fait de la mauvaise gouvernance de ses dirigeants, il est difficile de réagir en coupant les financements, et donc en aggravant encore plus la pauvreté.

@Anonyme : vous avez parfaitement raison. 3 collectivités d’outre-mer (la Polynésie Française, Mayotte, Wallis et Futuna) et la Nouvelle Calédonie sont prises en compte. Ces quatre « pays » représentent en effet une grosse part de l’aide française, autour de 18%. Cependant, et c’est crucial, seules Wallis et Futuna et Mayotte sont considérées comme pays en développement par l’OCDE. Cela implique que les chiffres de l’aide française publiés par le DAC ne prennent pas en compte la Polynésie et la Nouvelle Calédonie. Jusqu’en 2004 ces chiffres étaient collectés mais ils n’entraient pas dans le total « aide aux pays en développement », qui est la donnée utilisée dans la presse et dans la très grande majorité des analyses (dont ce post). Depuis 2005, ces chiffres ne sont plus même collectés car le DAC considère qu’ils ne rentrent plus dans la catégorie aide au développement. Au final les collectivités représentent donc entre 3 et 5% de l’aide bilatérale française (moins dans le passé, c’était autour de 1.5% dans les années 80).
Il faut encore préciser que cela implique qu’elles représentent encore moins de l’aide totale puisqu’une part de celle-ci est donnée aux organisations multilatérales. Finalement, cette particularité n’est pas que française. Des territoires britanniques d’outre-mer sont présents sur la liste du DAC (Montserrat, les îles Turques et Caïques, Saint Hélène, les autres territoires britanniques n’étant pas considérés comme pays en développement). Ils représentent à peu près 2-3% de l’aide bilatérale britannique.
Concernant le dernier point sur la définition précise de l’aide au développement, j’ai bien peur de ne pas pouvoir aller plus loin que la définition donnée par le DAC et à laquelle la note de bas de page se réfère. Au sujet vos amis amateurs de bateaux, il m’est difficile de répondre. Comme ils sont en Nouvelle-Calédonie, il est cependant sûr que leurs salaires n’entrent pas dans le total de l’aide au développement, puisqu’ils ne sont pas dans un pays en développement. S’ils étaient à Mayotte, la réponse serait peut-être différente. On peut cependant tenter estimer la part de l’aide qui part dans ce genre d’activités. Vos amis enseignent, leurs salaires devraient donc être compris dans la catégorie « coopération technique » qui inclut tout ce qui relève de la formation, paiements des consultants, des enseignants. Cette coopération représente une importante part de l’aide, un peu plus de 25% de l’aide totale française en 2006 (ou encore 1/3 de son aide bilatérale), ce qui est dans la moyenne des pays donateurs.

@Jean-Edouard : on ne peut en effet exclure cette possibilité, je ne connais pas d’étude sur le sujet. La définition de l’aide est assez floue puisqu’elle concerne les dons ayant pour but le développement, sans autre précision. Je ne sais pas dans quelle mesure les pays donateurs peuvent inclure des dépenses diverses et variées n’ayant que peu de lien avec le développement. C’est déjà la critique qui est faite à la coopération technique (voir la réponse à Anonyme). Une critique similaire existe à l’encontre de l’aide liée : je vous donne de l’argent si vous choisissez une entreprise de mon pays plutôt qu’une autre pour construire la route que je finance, même si l’entreprise en question propose des prix bien plus élevés que ses concurrents. Est-ce que les pays modifient le périmètre de la définition pour gonfler les chiffres ? Etant donné que l’aide inclut déjà pas mal de catégories qui ne concernent par directement les pays en développement, je ne suis pas sûr que ce besoin soit très pressant. Le fait que pas mal de pays voient leur aide décroître peut aussi laisser penser que le bidouillage des chiffres n’est pas si facile que ça. Enfin, les promesses de doublement de l’aide peuvent aussi pousser à ce genre de comportements. Que ne ferait-on pas pour endosser le rôle du pays généreux sur la scène mondiale ?
Je ne connais pas la part de l’aide qui va à des études économétriques sérieuses. A mon avis elle est très très faible. Le département recherche de la Banque Mondiale produit une recherche souvent de qualité, en collaboration avec de grands noms du monde académique. Je ne connais pas d’équivalent pour les agences bilatérales. Beaucoup ont des systèmes d’évaluation interne, ce qui laisse un peu dubitatif sur leur impartialité (ceci concerne aussi la Banque Mondiale, via son unité d’évaluation des projets).
Dans votre réponse à Karg, vous avez raison de dire que l’aide est en moyenne inefficace, mais que c’est aussi idiot de dire qu’elle l’est toujours. La distinction avant et après guerre froide est aussi à souligner. Il est connu que cela a changé les politiques d’allocation de l’aide. Je serais par contre plus prudent avant d’affirmer que cela a aussi changé l’efficacité de l’aide. Je ne me souviens pas d’avoir lu un tel résultat dans la prolifique littérature sur l’efficacité de l’aide. Cependant ma mémoire commence peut-être à me jouer des tours.
Dernier point important et tout à fait lié au sujet de l’aide alimentaire. Une manière simple de développer l’agriculture dans les pays pauvres est de leur permettre de vendre leurs produits, au lieu de les arroser de surplus de la PAC lourdement subventionnés. Les 60 millions promis par la France font pale mesure quand on les compare aux subventions, aides à l’exportation et surtout barrières à l’importation imposées par l’Europe.

Anonyme a dit…

A propos d'une manière "simple" de développer l'agriculture dans les pays pauvres, encore faudrait-il qu'on s'entende sur la problématique: dvlper l'agriculture DANS les pays pauvres ou l'agriculture nourrissant les pauvres?
On sait qu'en gros, la faim frappe:
1) ttes les catégories dans les pays en guerre, mais surtout les ruraux qui ne peuvent même plus cultiver leurs terres
2) souvent des ruraux (80% cité par B.Hervieu,approximation qui a le mérite d'exister) auxquel leur production mal valorisée (tjs soumise à l'achat inégal dans ces pays; c'est pour cela que la PAC avait organisé le marché chez nous...) ne permet pas de dégager un surplus monétarisable
3) et aujourd'hui on compte -enfin!- aussi les pauvres des villes dont les maigres ressources monétaires sont englouties dans l'achat d'à peine 50 % de leur ration de base.
Or si on vous suit sur la simplicité, le Brésil est un excellent exemple: le soja et la viande (poulet saumuré allégé en taxes... ou bovin peu contrôlé malgré fièvre aphteuse dans certaines provinces, et destination principale des hormones commercialisées par nos grands labos occidentaux qui ne les vendent plus en Europe)ne subissant pas de barrières douanières ou bénéficiant d'accords, il y a bien développement d'une agriculture. Mais l'effet de ce dvlpt sur la faim demeure complexe à positiver: le Brésil a fait partie de ces pays qui ont bloqué les exportations de riz en Mai; on aurait aussi sans doute du mal à accepter les conditions faites aux salariés (?? doutes quant au salaire parfois!)agricoles si on enquêtait comme on le fait parfois pour nos ramasseurs de fraises (et heureusement!)Enfin, la démission fracassante de la ministre de l'environnement de Lula et l'aveu que 2007 a vu détruire plus de forêt amazonienne qu'en plusieurs années (en gros la surface de la Belgique me semble-t-il)rappellent qu'en milieu tropical environnement et production ont partie liée et que l'équilibre en est fragile (caractéristiques des sols tropicaux).
Par ailleurs, l'article était top et les réponses aussi.Donc gare au "Cs1mple!"
Vous auriez pu rajouter encore un point concret pour éclairer le montant "donné". Longtemps la France a traîné les pieds pour adopter un système initié au moins dès la grande famine sahélienne 83-85 au Mali par la Suisse, puis par l'UE. Le principe en est que les ressources alimentaires existent mais que les affamés n'ont pas l'argent pour l'acheter (ça vous rappelle qque chose de récent?). Donc au lieu de casser le marché local, on envoie des fonds pour payer les céréales disponibles. Or c'est très différent de comptabiliser du sorgho prévu pour l'alim animale -USA- et du lait en poudre de surplus -UE, quand on ne savait pas quoi en faire et qu'on payait pour le stocker, maintenant on n'en a plus assez!- en lieu et place de devises pour payer des marchandises locales...
Et bravo pour le "blog d'or" bien utile pour découvrir votre site!

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