vendredi 30 mars 2007

Vivre et laisser mourir ?


Lorsqu’en France, on veut exhiber le dynamisme de notre économie on montre le nombre faramineux de créations d’entreprises. En général, la réponse des déclinologues c’est de dire que tout ça n’est qu’illusion puisqu’une part très importante de ces nouvelles entités meurent peu de temps après leur naissance, selon l'INSEE. Et d’ailleurs, s’il y a un chiffre qui fait peur c’est bien celui des défaillances d’entreprises. Nous allons voir pourquoi il faudrait peut-être en réalité s’en réjouir (sans sadisme de notre part bien sûr !).

Comme tout le monde le sait aujourd’hui, le nerf de la croissance économique, c’est l’innovation. Par là, on n’entend pas seulement des bonshommes dans un labo qui découvrent la potion magique pour la vendre ensuite aux pauvres petits gaulois que nous sommes. L’innovation, c’est aussi des nouveaux types d’organisation du travail, des nouveaux services (y compris dans des secteurs très anciens tels le commerce de détail). En règle générale, on attribue au capitalisme cette faculté de générer plus d’innovations que tout autre système économique. Cela n’empêche pas l’intervention de l’Etat pour développer les connaissances, mais on sait qu’une économie d’entreprises est plus à même de sélectionner les connaissances les plus utiles pour la population. Cela veut-il dire qu’il faille s’inquiéter de la santé du capitalisme lorsqu’une part non négligeable de ces entreprises disparaît régulièrement ?

Nous allons voir que la réponse est non. Le problème de l’innovation dans une entreprise, c’est son coût ; il y a des dépenses en recherche-développement bien évidemment, mais aussi et surtout un coût d’opportunité : si je suis déjà le meilleur sur mon marché, innover ne m’apportera que peu de profits supplémentaires ; en revanche, si je pars de zéro, innover me permettra de dépasser les firmes en place et donc de générer un surprofit beaucoup plus conséquent. Ce raisonnement vaut surtout si le coût de recherche de l’innovation est sensiblement le même pour toutes les entreprises, c’est-à-dire lorsque l’innovation est dite radicale (et non incrémentale). Mais l’argument est encore plus fort s’il est coûteux pour une entreprise en place de changer d’organisation du travail : bouger les habitudes prises, faire comprendre la nécessité du changement, cela prend effectivement du temps et de l’argent. Or coût est nécessairement moins élevé lorsque l’on part de zéro. Pour toutes ces raisons, les innovations les plus radicales ont plus de chances d'être portées par de jeunes entreprises.

Si l’on croit à tout ceci, une économie efficace détruirait et créerait certainement beaucoup plus d’entreprises que dans la réalité, avec à la clé une croissance économique plus forte. Qu’est-ce donc qui freine ce processus ? En grande partie les entreprises en place qui, du fait même de leur présence, empêchent le développement de nouvelles entreprises plus innovantes : elles peuvent temporairement livrer une guerre des prix, les clients peuvent prendre beaucoup de temps avant de changer leurs habitudes de consommation, etc. Si la nouvelle entreprise n’a pas les reins solides et les fonds nécessaires pour résister à cette période difficile, l’innovation qu’elle porte ne prendra pas place dans l’économie. La conclusion, c’est donc que la mort des entreprises peut favoriser le lancement d’innovations : la nature ayant horreur du vide, de nouveaux acteurs pourront plus facilement entrer sur le marché en mettant en œuvre des techniques plus récentes.

Cet argument n’est pas neuf, Joseph Schumpeter l’a exposé le premier en parlant de « destruction créatrice ». Mais en général, on ne saisit pas bien sa portée : ici, les disparitions d’entreprises sont au moins aussi importantes que les créations dans le processus de croissance. Il est certes important d’encourager les vocations d’entrepreneur, mais il l’est peut-être encore plus de ne pas donner trop de chances de survie aux entreprises en place. A l’extrême, l’exemple le plus parfait de « destruction créatrice » dans l’histoire de France, c’est la Seconde Guerre Mondiale : de vieilles usines ont été détruites, des capitalistes bien en place ont été expropriés, on a empêché les vieux cartels de se reformer, tout ceci a certainement été une des raisons du « rattrapage » de l’après-guerre.

Comment savoir si la « destruction créatrice » est encore forte en France ? La seule manière de faire est probablement de comparer notre situation avec celle des autres pays développés. Nous allons donc analyser l’origine et l’âge des 300 entreprises du monde dont les dépenses en recherche-développement étaient les plus importantes en 2005, selon un classement réalisé par le ministère de l'industrie britannique. Rapidement, on voit que 59 entreprises sont nées après 1960, la plupart dans des secteurs dont les innovations ont été « radicales » (informatique et biotechnologies), ce qui confirme notre raisonnement précédent. Mais sur ces 59 entreprises, 53 sont américaines et deux seulement sont européennes, Vodafone et SAP. Ceci ne veut pas dire que l’Europe est un pur imitateur puisque les entreprises européennes incluses dans ce classement dépensent au total autant en recherche-développement que les entreprises américaines. Simplement l’Europe est capable de générer beaucoup d’innovations « incrémentales » mais très peu d’innovations « radicales » par rapport aux Etats-Unis. Tirons aussi de ce classement la conclusion que la France est loin d’être seule dans son retard en la matière.

Beaucoup pensent que cette différence est liée à un goût du risque plus important chez les Américains, mais ceci est infirmé par la plupart des études psychologiques et expérimentales en la matière, comme l'ont bien exposé Augustin Landier et David Thesmar. Reste donc la possibilité que d’une part les entreprises en place mènent une vie trop dure aux petits nouveaux en Europe, et d’autre part les nouveaux entrepreneurs ne disposent pas de fonds suffisants en Europe pour faire face aux acteurs en place. Autrement dit, en France et en Europe, les entreprises ne sont pas assez fragiles et le système financier pas assez développé pour aboutir au niveau d’innovation radicale des Etats-Unis.

Laissons de côté les faiblesses financières européennes et focalisons-nous sur les raisons de la trop forte résistance des entreprises en place. Un élément important est qu’il il y a en France une tradition de sauvetage par l’Etat des entreprises en difficulté, officiellement pour préserver l’emploi. L’argument consiste à dire qu’en l’absence de possibilités de reconversion professionnelle les employés de l’entreprise défaillante ne seront pas capables de trouver un emploi convenant à leur spécialisation. Les études empiriques ne semblent pas confirmer cela : en France en 2005, une destruction d'emploi dans un secteur donné a 90% de chances de correspondre à une création d'emploi dans le même secteur, d'après l'INSEE. Ceci tout simplement parce que les nouveaux entrants n’innovent pas à partir de rien, ils ont aussi besoin d’employés disposant d’un savoir-faire spécifique au secteur en question. A priori donc, les personnes ayant le plus intérêt à un sauvetage de l’entreprise sont celles qui disposaient d’une rente grâce à cette entreprise, soit le plus souvent ses propriétaires et ses cadres dirigeants. Or ces personnes disposent aussi de bons moyens d’influencer l’action publique en faveur du sauvetage de leur entreprise. On pourrait citer d'autres politiques ayant sensiblement les mêmes origines et les mêmes effets, tels la réglementation des ouvertures de grandes surfaces commerciales. Ce qui est certain, c'est qu'en empêchant la mort des entreprises, toutes ces mesures sont très défavorables à l’innovation sans qu’elles préservent véritablement l’emploi.
Et quand bien même il y aurait encore trop de salariés visiblement mis sur le carreau par la concurrence autochtone ou étrangère (ce que les chiffres ne montrent pas), on sent bien que de telles souffrances ne relèvent pas d'une politique industrielle défensive (au coût par emploi sauvé faramineux) mais de la politique de l'emploi.

Enfin, la « destruction créatrice » ne signifie pas uniquement grand nombre de faillites, mais aussi grand nombre de transmissions d’entreprises (que l'on mesure très mal en France) : l’innovation a plus de chances d’être mise en œuvre si les machines, les usines peuvent facilement changer de mains. A cet égard, la fiscalité est un outil à double tranchant : une forte imposition sur le capital et les hauts revenus incite à vendre tout ou partie des parts d’entreprise que l’on possède et donc accélère la circulation du capital, mais une fiscalité qui favorise les transmissions d’entreprise héréditaires (comme c’est le cas en France) est encore pire que pas d’impôts du tout pour la mobilité du capital. Et là encore la transmission d’entreprises sera d’autant plus simple que les repreneurs éventuels seront capables de trouver facilement des fonds pour le rachat.

Laisser mourir les entreprises, encourager leur vente nous rapprocheraient donc de la situation américaine ; mais cela ne se ferait-il pas alors au prix d’inégalités fortes comme on le constate aux Etats-Unis ? Il apparaît que non car d’une part ce renouvellement incessant permet probablement d’accroître la mobilité sociale (ce que disait déjà Schumpeter) et d’autre part il peut être encouragé comme on l’a vu par une fiscalité fortement progressive. Encourager la destruction créatrice est donc plus que compatible avec les deux objectifs d’égalité des chances et d’égalité des situations.
_Laurent_

11 commentaires:

PAC a dit…

Cet article est en effet très intéressant. Il y a pourtant quelque chose que je n'ai jamais vraiment compris. Vous dites : on sait maintenant que le moteur de la croissance, c'est l'innovation en faisant ainsi référence au modèle de croissance schumpeterien à la Aghion Howitt. J'ai eu beau suivre de nombreux cours de macro sur ce thème, je ne suis jamais sorti d'un cours de macro en ayant l'impression d'être convaincu. J'ai plutôt l'impression qu'il s'agit de trouver la représentation la plus cohérente avec quelques faits stylisés macro. Je n'ai pas l'impression de savoir quelque chose sur la croissance. J'ai l'impression qu'il y a des histoires qui paraissent plus ou moins vraisemblables. En tout cas, je trouve toujours un peu abusé les conclusions en termes de politiques économiques (comme le fait Aghion d'ailleurs).

zzt a dit…

"Simplement l’Europe est capable de générer beaucoup d’innovations « incrémentales » mais très peu d’innovations « radicales » par rapport aux Etats-Unis".

Est-ce que ce n'est simplement pas du au fait qu'une société en création dispose immédiatement d'un marché de 300M, sans les barrières de langues et de systèmes que l'on connaît en Europe?

moi-même en phase de création d'entreprise innovante (nouveaux services), je me dis que créer au US serait plus facile pour cette raison qu'en Europe (pas pour les questions adminsitratives - pretexte)

ZZT

Capitalrix a dit…

Ce ne sont pas seulement Aghion et Howitt qui font de l'innovation le moteur de la croissance, mais une grande majorité de la littérature sur le sujet depuis les années 80.
Et l'idée que le progrès technique ne tombe pas du ciel mais doit être lui-même "produit" me semble tout de même assez intuitive. Le débat porterait à mon avis plutôt sur les sources de l'innovation.
Concernant les conclusions politiques de ce modèle schumpétérien, il me semble justement qu'il laisse plus de choix à la politique économique qu'il n'y paraît, comme j'essayais de l'expliquer à la fin de l'article. Mais peut-être aviez-vous une idée plus précise de ces conclusions "abusives" de Philippe Aghion ?

Kaem a dit…

Vous êtes sur que ça accroit l'égalité des chances? Il y a pas mal de modèles qui montrent que quand une nouvelle technologie apparaît, si le marché est concurrentiel, les plus adaptables parviendront à en profiter et à augmenter leurs revenus, tandis que les autres restent dans le secteur ancien et peuvent même voir leurs revenus baisser dans l'absolu. Peut-être est-ce une lubie de théoricien. Mais empiriquement, d'où tirez vous que plus de création/destruction accroît l'égalité des chances et des situations?
Question annexe : sur série longue, est-ce qu'on observe plus de desturction/création aujourd'hui que pendant les trente glorieuses?

Capitalrix a dit…

ZZT: La perspective d'un marché potentiel important est bien sûr un élément crucial dans la poursuite de l'innovation, et c'est bien ce qui fait l'efficacité du sytème capitaliste.

La question est de savoir si la fragmentation culturelle de l'Europe réduit de facto la portée des innovations potentielles. A priori dans les secteurs à innovations radicales que j'ai distingué dans le classement (informatique, biotechnologies), le marché pertinent est au moins le marché européen voire le marché mondial.

En revanche, certaines innovations dans le secteur des services (ce qui a l'air d'être votre cas) feront plus rapidement face à des barrières culturelles, et leur marché potentiel sera donc plus réduit en Europe qu'aux Etats-Unis.

Kaem: Concernant l'impact de la destruction créatrice sur l'égalité des chances, j'ai insisté sur le fait qu'en réalité le nombre de personnes pour lesquels ce processus implique une reconversion douloureuse est assez faible (10% des destructions d'emploi en 2005).

Mais surtout comme ce processus implique la défaite d'équipes dirigeantes en place et leur remplacement par de nouvelles têtes, il est une force de renouvellement social au sein de l'élite dirigeante.

Concernant l'impact sur l'inégalité des situations, j'explique qu'une politique d'imposition progressive (successions, ISF, IR) peut encourager la destruction créatrice en dynamisant le marché des parts d'entreprise. C'est par ce biais que les deux objectifs d'égalité des situations et d'encouragement à l'innovation peuvent être rendus compatibles.

Sur la disponibilité de séries longues sur ce phénomène, c'est tout de même difficile car s'il est possible de mesurer les créations et les destructions d'entreprise*, cela ne reflète qu'une partie du phénomène qui inclut aussi les cessions d'entreprises, qui sont elles difficiles à mesurer en France encore aujourd'hui. C'est dommage car comparer la période actuelle avec les 30 Glorieuses en la matière serait effectivement intéressant.

*enfin disons simplement que les sources de données sur ces sujets sont archivées par les tribunaux de commerce...

PAC a dit…

@ capitalrix : En fait, je pense que ma remarque n'est pas en lien direct avec cet article. Le fait est que lorsqu'on dit la croissance provient de l'innovation, il me semble qu'il y a deux manières de comprendre cette proposition. Ou bien on prend ça en un sens très général et dans ce cas, ça me semble presque tautologique, ou bien on pense que l'innovation, c'est quelque chose de très précis comme la R&D dans les entreprises ou encore la recherche publique type CNRS ou université. C'est en ce sens là que Aghion semble comprendre ses modèles puisqu'il déduit de ses modèles que l'on doit investir dans la recherche. Néanmoins, étant donné que les modèles sont souvent très abstraits et imagés, je ne trouve pas que le lien entre les modèles et les implications en terme de politique économique soient vraiment convaincant. Je reconnais que c'est un assez vaste débat, mais j'aimerais bien avoir quelques éléments de réponse sur ces questions.

Capitalrix a dit…

@ pac: effectivement, l'innovation telle que je l'ai définie dans l'article est un concept assez large. Elle ne peut pas s'identifier à la recherche-développement ou à la recherche fondamentale: elle peut en être le résultat (la recherche développe la connaissance, l'innovation sélectionne parmi ces connaissances celles qui ont un marché potentiel). Mais si la recherche n'est pas la condition sine qua non de l'innovation (qui peut être aussi le pur fruit du hasard), on sent tout de même bien que les innovations importantes nécessitent le plus souvent un effort de recherche conséquent au préalable.

Et comme l'Etat ne peut pas influer sur le hasard, il est normal que pour encourager l'innovation il incite à la recherche les entreprises ou les laboratoires.

Enfin, sur le caractère peu convaincant des modèles théoriques de croissance, on pourrait effectivement dire que ces derniers ne font que que compliquer des intuitions évidentes. De mon point de vue, leur intérêt principal est qu'ils livrent des conclusions testables du genre: "le niveau de concurrence est un facteur d'innovation important" (voir cet article empirique: http://cep.lse.ac.uk/people/bloom/ABBGH.pdf ). C'est un progrès indéniable.

PAC a dit…

@ capitalrix :

Je suis tout à fait d'accord pour dire que les modèles de croissance ont un mérite indéniable : ils développent une idée jusqu'au bout et en déduisent des prédictions testables dans les données.

Le fait est que pour passer à des recommandations en termes de politique économique, il me semble qu'il faudrait avoir des connaissances un peu plus précises sur les liens de causalité. J'ai l'impression qu'on donne parfois le même statut en terme de recommandations politiques à des modèles très abstraits et à des recherches empiriques très précises.

Et comme l'Etat ne peut pas influer sur le hasard, il est normal que pour encourager l'innovation il incite à la recherche les entreprises ou les laboratoires.

Le problème, c'est quand on commence à agir pour ne pas s'avouer à soi-même que notre action n'a pas d'impact sur l'outcome (voir George Quattrone et Amos Tversky : Self Deception and the Voter's illusion in Preference, Belief and Similarity).

Capitalrix a dit…

Je n'ai pas réussi à retrouver cet article de Tversky et Quattrone dont vous parlez.

Mais pour revenir à ma phrase:
"Et comme l'Etat ne peut pas influer sur le hasard, il est normal que pour encourager l'innovation il incite à la recherche les entreprises ou les laboratoires."

Il m'aurait fallu rajouter que alors que l'innovation est plutôt un bien privé, la recherche est clairement un bien public ce qui justifie donc une incitation par l'Etat (sans laquelle il y aurait un investissement sous-optimal dans la recherche), quand bien même la recherche n'aurait pas toujours le résultat espéré.

Romain a dit…

J'ai bien aime votre article, j'aimerais cependant en preciser ma comprehension:

1. "La conclusion, c’est donc que la mort des entreprises peut favoriser le lancement d’innovations : la nature ayant horreur du vide, de nouveaux acteurs pourront plus facilement entrer sur le marché en mettant en œuvre des techniques plus récentes."

Oui mais cela est-il benefique si les nouvelles entreprises s'effondrent au bout d'une annee ? Cela presuppose aussi qu'il y a une part de marche reservee aux entreprises innovantes ce qui n'est pas sur.

2. "si je suis déjà le meilleur sur mon marché, innover ne m’apportera que peu de profits supplémentaires ; en revanche, si je pars de zéro, innover me permettra de dépasser les firmes en place et donc de générer un surprofit beaucoup plus conséquent"

Au contraire j'aurais tendance a penser qu'une entreprise en place beneficie d'un savoir-faire qui reduit le cout marginal de l'innovation et augmente d'autant le profit. Il serait interessant de regarder les taux de profit des jeunes entreprises, je doute qu'il soit superieur aux entreprises bien installees?
De plus, vous parlez d'entreprises qui "[partent] de zero", or la plupart des creations d'entreprises sont le fait de professionels aguerris qui amenent avec eux un savoir-faire, un portefeuille de clients, une main d'oeuvre qualifiee qui peut-etre faisaient partie d'un departement au sein d'un grand groupe. Je n'appelle pas cela partir de zero.
On pourrait analyser les differences France - US en ces termes: les innovateurs francais preferent rester sous la coupe d'un grand groupe que de s'en desolidariser pour porter leurs idees dans une nouvelle structure.

3. "A priori donc, les personnes ayant le plus intérêt à un sauvetage de l’entreprise sont celles qui disposaient d’une rente grâce à cette entreprise"

Les salaries n'ont-ils pas aussi un interet au sauvetage de l'entreprise? Meme si je suis d'accord avec vous sur le fait qu'ils retrouveront bien un emploi, c'est sans compter sur les periodes de chomage technique, puis de chomage, de perte des avantages acquis dans l'ancienne structure, de l'incertitude qui sont inherentes a toute perte d'emploi. C'est un element que la theorie economique tend a negliger, particulierement en commerce international. Fantastique que deux pays entrent en commerce et que l'un se mette a produire plus de bananes et l'autre plus d'ordinateurs, mais cela signifie des destructions / creations, des migrations, des changements de statuts qui ne sont pas sans violence.

Si la France veut acceder au modele de creation / destruction il faudrait qu'elle se dote d'un systeme de formation professionelle digne de ce nom. Lorsque l'on voit que la "carriere" tient bien souvent a des choix d'orientation effectues par des mineurs au college / lycee et influences par des considerations financieres et culturelles et que les entreprises ne sont pas le lieu le plus propice a une formation elargie (de plus en plus de procedes, de postes restreints, de strates d'ingenieurs / techniciens / ouvriers impermeables, l'on peut douter de la capacite a "innover" des travailleurs francais.

Enfin, pourriez-vous preciser le concept d' "innovation", car a trop l'elargir on pourrait l'assimilier au "mieux". "Le mieux c'est ce qui fonde la croissance economique". Le concept de "technologie" serait-il plus approprie? J'utilise une technologie qui transforme des intrants en quelque chose qui a plus de valeur que ce que mon voisin a produit avec les memes intrants. Cela permettrait peut-etre de rendre un peu de raison aux investisseurs qui mettent des milliards dans des entreprises internet dont ils ne cherchent pas a comprendre les mecanismes - ce que l'on appelle leur "modele economique".

Enfin "defaire pour refaire c'est encore travailler".

Capitalrix a dit…

@Romain: Je vais reprendre vos remarques point par point:

1. "Oui mais cela est-il benefique si les nouvelles entreprises s'effondrent au bout d'une annee ? Cela presuppose aussi qu'il y a une part de marche reservee aux entreprises innovantes ce qui n'est pas sur."

Effectivement, les créations d'entreprise ne sont pas toutes des réussites, mais le marché permet de sélectionner les "bonnes" créations. Et il n'y a pas de part de marché "réservée" aux nouveaux entrants, mais les disparitions d'entreprises leur donnent une chance: les clients ont besoin de trouver un nouveau fournisseur !

2. "Au contraire j'aurais tendance a penser qu'une entreprise en place beneficie d'un savoir-faire qui reduit le cout marginal de l'innovation et augmente d'autant le profit. Il serait interessant de regarder les taux de profit des jeunes entreprises, je doute qu'il soit superieur aux entreprises bien installees?"

Une première chose: il faut différencier les innovations radicales et les innovations incrémentales: les secondes sont effectivement moins coûteuses à mettre en oeuvre pour les entreprises en place, mais ce n'est pas le cas pour les premières. Ensuite, lorsqu'une entreprise est déjà leader sur son marché, elle fait déjà un profit de monopole (puisqu'elle a le meilleur produit), et donc innover ne changera pas beaucoup ses profits immédiats (puisqu'elle avait déjà le meilleur produit). Mais une nouvelle entreprise est condamnée à innover pour pouvoir dépasser le leader et réaliser les profits de monopole à sa place.

3. "De plus, vous parlez d'entreprises qui "[partent] de zero", or la plupart des creations d'entreprises sont le fait de professionels aguerris qui amenent avec eux un savoir-faire, un portefeuille de clients, une main d'oeuvre qualifiee qui peut-etre faisaient partie d'un departement au sein d'un grand groupe. Je n'appelle pas cela partir de zero."

Quand je dis que les nouvelles entreprises partent de 0, c'est parce qu'elles doivent créer de toutes pièces une organisation du travail, un mode de fonctionnement constitutifs de la nouvelle entreprise. Mais elle a tout de même besoin de capital humain et physique pour démarrer ! La différence avec une entreprise en place c'est que cette dernière ne peut pas bouleverser son organisation autant qu'une nouvelle entreprise.

4."Les salaries n'ont-ils pas aussi un interet au sauvetage de l'entreprise? Meme si je suis d'accord avec vous sur le fait qu'ils retrouveront bien un emploi, c'est sans compter sur les periodes de chomage technique, puis de chomage, de perte des avantages acquis dans l'ancienne structure, de l'incertitude qui sont inherentes a toute perte d'emploi. C'est un element que la theorie economique tend a negliger, particulierement en commerce international."

Ce débat relève d'une question empirique: les employés licenciés lors de faillites ont-ils du mal à retrouver un emploi correspondant à leur CV, leur capital humain ? Comme je l'expliquais dans l'article, les chiffres de l'INSEE semblent montrer que non. La violence du marché n'est pas si importante qu'on le croit de ce point de vue.
En revanche, il peut y avoir un problème si les employés eux-mêmes bénéficient de rentes spécifiques à l'entreprise: c'est-à-dire lorqu'une entreprise fait des "cadeaux" à ses employés que ses concurrents ne proposent pas. Par "cadeau", j'entends donner à ses salariés plus que ce qu'ils ne rapportent (soit leur productivité). Ceci est très difficile à mesurer, mais on a spontanément du mal à croire que les patrons français fassent beaucoup de "cadeaux" à leurs employés.

5. "Enfin, pourriez-vous preciser le concept d' "innovation", car a trop l'elargir on pourrait l'assimilier au "mieux". "Le mieux c'est ce qui fonde la croissance economique". Le concept de "technologie" serait-il plus approprie? J'utilise une technologie qui transforme des intrants en quelque chose qui a plus de valeur que ce que mon voisin a produit avec les memes intrants."

Le mot "technologie" est proche d'"innovation" effectivement. A la nuance près que le mot "innovation" fait appel à un mécanisme de validation par le marché (et donc pas besoin de détailler le sens de "plus de valeur"). Une nouvelle façon de produire plus de déchets avec les mêmes "intrants" peut être considérée comme une technologie mais certainement pas comme une innovation.

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